Déchéance de la nationalité : regards croisés de binationaux

Article paru sur le journal Ouest-France le 05 février 2016

Ils sont français issus de parents d’origines diverses. Ils sont appelés les binationaux. Autour de cette désignation qui leur colle à la peau, ils s’expriment sur le projet de loi de la réforme la constitutionnelle sur la déchéance de la nationalité française qui sera présenté au Parlement le 5 février prochain.

Que suscite en vous le projet de loi de la réforme constitutionnelle sur la déchéance de la nationalité française ?

Farid Abdelkrim
Comédien, humoriste et essayiste français. Ancien Islamiste. Auteur de « Pourquoi j’ai cessé d’être islamiste ».

Farid Abdelkrim  : «Des citoyens pas à part entière, mais entièrement à part»

« Le gouvernement en place est sommé d’apporter des réponses après ce qui s’est passé en novembre et en janvier 2015. Pour autant, ce projet de loi est une grosse utopie. La démarche de communication se veut extrêmement forte, en alertant tous ceux qui souhaiteraient porter atteinte à notre pays. Qu’en est-il de ceux qui seront déchus de leur nationalité ? On fera d’eux finalement des apatrides, car pour la plupart, ces gens n’ont aucune relation avec leur pays d’origine.

Cet aspect politique pose la question sur la France et ses fameux principes, notamment l’idée que par exemple, moi, Farid Abdelkrim, d’origine algérienne mais qui me sens pleinement français, attaché à la nation française, je ne suis pas avec l’état d’esprit d’un binational.

Avec ce projet de loi, je comprends que le fait d’éventuellement déchoir des gens comme moi, de leur nationalité française, de les considérer comme des binationaux, c’est aussi une façon de les considérer comme des mi-nationaux. Donc pas tout à fait français. Des citoyens pas à part entière, mais entièrement à part.

Il y a une forme de stigmatisation en trame de fond qui ne dit pas son nom et qui vise des individus en particulier. C’est un vrai problème de respect du principe d’égalité. Est-ce véritablement la solution ? »

Yasmine Ghénaï

Yasmine Ghénaï, étudiante en droit à Science Po Versailles, et présidente de l’Union  des Démocrates et des Indépendants jeunes 44

 

Yasmine Ghénaï : « On a une constitution, un code civil et un code pénal »

« Au regard estudiantin en droit basique, la décision du conseil constitutionnel sur la 1re mouture disait qu’il n’était pas anticonstitutionnel de déchoir une personne, lorsqu’elle a commis un acte terroriste sur le territoire.

Si je regarde au fait de mes origines, à savoir une Franco-Algérienne, née en Algérie, je me dis que ça peut poser problématique dans le sens où nous sommes dans un contexte politique assez compliqué, où le Front national grimpe, et n’est-ce pas stigmatiser une certaine proportion de la population ?

Ce qui me pose problème c’est que c’est une utilité symbolique. Ce projet de loi paraît un peu trop précipité. On constate que 85 % des lois votées et appliquées et ensuite décrétées par le président sont des lois à la va vite du fait de l’actualité. La problématique de ces lois, c’est qu’elles sont généralement imparfaites.

Il y a deux articles dans le code civil qui permettent de déchoir de sa nationalité une personne qui a commis un acte grave ou terroriste sur le sol français. À t-on besoin de l’inscrire dans la constitution ? Pourquoi prendre une mesure symbolique, alors qu’il y a d’autres choses à faire ?

Les hommes politiques doivent être des hommes raisonnés et ne pas jouer sur l’émotion, ou sur un effet de manche histoire de remonter dans les sondages. Il faut prendre du temps, à la discussion et réfléchir à une vraie solution. On a une constitution, on a un code civil et un code pénal, qui prévoient une égalité des peines et des délits. Il faut revenir sur cette base. »

 

Omar Meftah

Omar Meftah, humoriste récipiendaire du prix de la presse pour   « Inch’Allah ! Même quand le chat n’est pas là »

 

Omar Meftah  : « Je viens d’un homme qui a souffert pour libérer la France »

« On a atteint la pure connerie, pour un gars qui veut se faire péter, qui aime plus la mort que la vie, qu’est ce que la déchéance de la nationalité va faire ? Ce projet de loi risque d’attiser la haine.

Manuels Walls, 1er ministre, prétend qu’il ne faut pas créer d’apatride. Cela fait quarante ans que les apatrides existent en France. Ce sont tous ces gens qui n’ont plus de repères dans ce pays, qui ne se sentent ni français, ni affiliés au pays d’origine de leurs parents.

Je suis binational, je ne suis pas français, ici, et là-bas je ne suis pas Algérien. Il faudrait qu’on s’installe tous sur une île au milieu, entre les deux rives ! Je suis le petit-fils d’un tirailleur algérien, et qui a été fait prisonnier durant la seconde guerre mondiale. Je viens d’un homme qui a souffert pour libérer ce pays. Cette loi vient salir l’histoire de ma famille. C’est déplacer, le débat, là, où il n’a pas lieu d’être, ce n’est pas une solution. Ca fait couler de l’encre et ça n’empêche pas de faire couler le sang ! »

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