Grosse flippe

Grosse flippeJe chie dans la cuvette.  Je chie, je chie, encore. Je baille, je ferme les yeux, je respire… La fatigue, l’excitation, le stress, les pilules Rescues sans secours…

Puis la tasse de thé, chaude, fumante, réconfortante. Je perçois le brouhaha des voix, une Babel City, toutes les langues s’y côtoient, l’anglais est reine des lieux.  J’observe la foule grouillante, qui s’interpelle dans les corridors aux lumières tamisées du centre touristique. Des rires, son cristallin, appels geignards des enfants, le stoïcisme de l’agent de sûreté, planté face à la terrasse de café. Regarder ce monde qui s’écoule d’un pas joyeux sur le sol carrelé, quadrillé de baguettes d’or. Ces pas vigoureux ou nonchalants, en basket, souliers  ou talons aiguilles, la porte vitrée, aux étagères fleuries baignées de lumière… Ce monde qui s’écroule.

Je te cherche.

Seul, face à mon thé fumant, où se noie le sachet désolé, conscient de me lamenter. Puis vient cet homme, noir, un Portoricain  « Can I take the chair ? » Que dire ? Cette chaise vide dénonce ton absence. Le voilà emportant ce maudit siège, grinçant sur le marbre, comme le cri déchirant d’un mourant. Face à ma table, l’emplacement est amputé, une traînée vide de sens… Ce caquetoire a rejoint d’autres sièges autour d’une autre console, où s’agglutinent d’autres vies, solidaires, ensemble, et moi ?

Retenir les larmes qui pointent « Tu n’es pas une personne libre ! » Est-ce cela que tu as pointé ? Cette défaillance qui est mienne, cette subordination,  cette  servitude volontaire ?

L’agent de sûreté s’inquiète, passe et repasse, vérifie l’agencement géométrique de son périmètre, rectifiant l’ordonnance d’une chaise, l’angle d’une table, rappelant à l’ordre les contrevenants. « Are you ok ? »   devant cette table  dont la composition a été déréglée.

Tandis que plus loin, un jeu de chaises musicales bat la mesure, se déplaçant au rythme des sujets de plus en plus nombreux pendus autour d’un plateau, deux, trois  puis quatre et le centre de gravité s’étoffe de pieds métalliques, alors que j’attends inexorablement ton retour.

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