Paru sur Amina magazine octobre 2016Fatou-Fatima Thierry sur le banc.jpg

Exténuante est la démarche d’obtention d’un Visa pour les couples Franco-africains. La délivrance de Visa de court séjour en vue d’un mariage avec un ressortissant français relève du parcours du combattant. Quant au modèle du couple mixte, il reste un sujet de suspicion en Afrique comme en Occident : « c’est par intérêt, pour les papiers, pour aller en France… ». Cette union serait-elle dès lors une imposture ?

Le mariage s’annonce pour Fatou Salle et Thierry Prouteau. Cet événement heureux met fin à plusieurs années d’attente et d’épreuves. À leur côté Fatima-Zahra, leur enfant a fait son entrée en 6e au collège à Nantes. Comme un conte de fée… ou presque.

Thierry Prouteau est photographe et historien français. Durant quinze ans, il s’est attaché à l’histoire du Sénégal, c’est au cours d’une mission, en 2008, qu’il rencontre Fatou. Un coup de foudre qui l’amène à reporter son retour en France.

« On s’est croisé dans un bar à Dakar, elle avait de longues jambes, j’étais ébloui » se souvient le photographe habitué des lieux.

L’attirance est réciproque, mais suscite aussitôt des remarques prosaïques de la part de l’entourage de la jeune femme : « il y avait ma copine et son homme, il m’a dit  » tu sais très bien que tu peux faire un peu de prostitution, tu te protèges et tu lui demandes 100 000 FR CFA » j’étais confuse,  je vais pas demander de l’argent pour qu’on me fasse l’amour ! J’ai le droit d’avoir un copain, une relation sérieuse ? ».

Les amoureux s’installent très vite ensemble à Dakar « on a vécu dans cette espèce d’insouciance, on ne pensait qu’à vivre notre amour. Je faisais des allers-retours en France tous les six mois pendant cinq ans » explique Thierry. Tandis que de son côté, Fatou doit, faire face aux regards désapprobateurs de certains sénégalais : « je suis très fière d’être avec lui, ça ne m’empêche pas de montrer que moi, je crois en cet amour. C’est pas facile. Mon père a fait le mariage à la mosquée, il me disait   » Thierry tu le connais, ne le tiens pas comme un Blanc, comme on dit, tiens-le comme toi, car vous êtes pareils, malgré la couleur » ».

Thierry a déjà été marié avec une sénégalaise, il y a quelques années. Quant à Fatou, d’une précédente relation est née une petite fille, Fatima-Zahra. Le mariage ? Il a plusieurs fois été évoqué mais les quiproquos et les axiomes sèment parfois le trouble : « une fois je lui avais ramené un formulaire de mariage, elle l’a déchiré. » La jeune femme à la réplique fière : « les français pensent que souvent nous les filles sénégalaises, nous cherchons les papiers ! S’il croyait que je l’approche pour ça, il se trompe ! On avait des discussions à ce sujet .»

Puis vient la séparation. En 2013, Thierry se trouve dans une situation financière délicate liée à sa maladie qui l’oblige à rester en France. En situation de handicap, il sensibilise son entourage pour créer une cagnotte qui permettrait de venir en aide à sa famille : « durant 3 mois, je n’ai pas envoyé de mandat, je ne respectais pas mon engagement. Elle comptait toujours sur moi. J’avais quand même l’espoir que notre relation tienne le coup ! ».

À Dakar, Fatou vit avec sa fille chez sa mère, elle travaille occasionnellement en cuisine dans les restaurants de la ville. Un revenu dérisoire.

« Dans la culture française, lorsque tu te maries, tu t’allies avec une femme. En Afrique ce sont des stratégies familiales. Ce n’est pas bon pour le patrimoine d’épouser une famille africaine » constate le futur mari.

Le photographe décide de faire venir sa famille en France, et dépose auprès du tribunal d’instance une procédure de possession d’état pour reconnaître l’enfant : « C’était une démarche logique ».

Puis la demande de Visa auprès du consulat de France au Sénégal. Une formalité psychologiquement difficile pour la jeune femme.

« J’avais peur. Au Sénégal, tu vois les gens au consulat qui attendent, et, tu les entends dire toujours « c’est dur, c’est dur…  »  Thierry m’a demandé plusieurs fois, « vas-y demande le Visa », je lui ai dit non ! Toi, si tu veux venir, tu peux venir passer des séjours au Sénégal, c’est pas difficile de quitter la France pour venir au Sénégal, on ne te demande pas de Visa. En plus comment on nous traite là-bas,  ça me plaît pas du tout, je me suis complètement refusée pendant les deux ans et demi ».

Le couple se heurte aux difficultés administratives : « elles sont de façons institutionnelles. Si tu veux te marier, on t’invite à suivre les procédures, mais dans les faits il y a une pratique qui t’oblige à te marier au Sénégal, car c’est tellement compliqué de faire venir la personne en France ».

Le critère en cause ? Les revenus.

Les voyageuses doivent prouver qu’elles ont les ressources suffisantes pour financer leur séjour dans l’espace Schengen soit de 32,50 € à 65 € par personne et par jour.

« Rares sont les sénégalais qui peuvent répondre à ce critère. Il leur fallait plus de 2000 euros pour venir à Nantes ! C’est impossible pour elles ! Ce critère du consulat est un acte censitaire. Je comprends clairement que la France met des barrages, qu’il y a un désir de ne pas accueillir certaines catégories de gens, qu’il s’agit d’une immigration choisie » souffle, ulcéré, le prétendant.

Acculé et désemparé, le photographe nantais interpelle les élus de sa commune : « la situation a pu se débloquer grâce à la mobilisation des élus et l’intervention du maire de la ville. J’ai misé sur l’absurdité de cette situation, la crainte de ce coup de téléphone qui m’annoncerait qu’il y a un accident. J’ai une relation professionnelle de 15 ans avec le Sénégal ! »

Trois années de séparation « à cause des papiers » auraient pu fragiliser davantage leur amour, il s’en trouve renforcer : « on dit avec le cœur et la patience aussi, surtout à Internet parce pendant 3 ans, tu peux pas te voir… Tous les jours que Dieu fait,  on est sur Skype, des fois je pleure, je lui dis que je l’attends, j’attends qu’il se connecte, on discute, parfois, j’oublie les problèmes, mais je peux dire que c’est dur, tu trouves pas ton mec à tes côtés… ».

Dénicheuse de sujets exceptionnels ! Journaliste et photographe

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