Toumi Djaïdja : « Il faut se saisir du vote pour que la démocratie fonctionne »

Toumi Djaïdja est l’initiateur de La marche pour l’égalité de 1983 qui a sillonné la France et rassemblé des milliers de marcheurs à Paris sous le cri : « Bonjour à la France de toutes les couleurs ! » Trente ans plus tard, il parraine un groupe de jeunes lyonnais issus du quartier des Minguettes, pour une Marche de l’humanité à travers la France.
Rencontre avec Toumi Djaïdja en escale à Nantes.

Cette nouvelle marche est-elle pertinente aujourd’hui ? Qu’est-ce qui n’a pas changé selon vous dans les revendications de 1983 ?

« Quand il m’arrive de regarder dans les rétroviseurs du passé on peut quantifier le chemin parcouru depuis la marche de 1983. Mais on peut aussi regarder un horizon qui reste à atteindre. Les sociétés se construisent tous les jours et l’égalité doit être un chantier permanent de la République. Des centaines d’associations ont vu le jour pour livrer ce message de concorde. Je n’agis pas en tant que militant mais comme citoyen. À travers mes déplacements, je vois cette France de la diversité, installée dans des postes sensibles, des postes à responsabilité. Dans mes rêves les plus fous je ne l’aurais pas imaginé. En cela, la France a radicalement changé. À travers l’élan de cette jeunesse, ce rêve-là continue de se construire, pour avoir l’envie d’y croire, de donner de la perspective. À Nantes, je rends hommage aux structures qui nous ont accueillis. Je constate que dans cette ville, il y a une certaine jeunesse, peut-être, en mal de repères identitaires. Marcher est essentiel non pas pour dénoncer des injustices mais dans une soif de justice. »

Quel regard portez-vous sur le malaise dénoncé par les syndicats de police, vous qui avez été blessé par un policier lors d’une intervention aux Minguettes en 1983 ?

« Quand on demande à un enfant ce qu’il veut faire plus tard, il répond très souvent pompier ou policier. Je crois que ce n’est même pas un métier c’est une vocation. Depuis 1983, des milliers de femmes et d’hommes se sont engagés dans cette vocation. Leur 1re fonction est d’établir dans un cadre de justice, la loi. Il est important de ne pas généraliser et de rendre hommage à ces policiers qui ont vocation à servir la Nation. Au vu de mon histoire, je serais en droit de tenir un discours anti flic. J’ai subi non pas la violence policière, mais la brutalité d’un seul homme. L’actualité révèle des malaises dans la police et il est essentiel pour eux de s’exprimer malgré leur droit de réserve. »

Est-ce que la présence de politiciens français d’origine maghrébine a changé la politique française ?

« On aborde les gens à travers leur citoyenneté, et non pas sur leur origine. Pour constituer une nation forte, pleine de cohésions et il faut éviter d’ouvrir toutes ces portes-là qui divisent la société. En ce qui concerne la politique, il y a un capital confiance qui a été dilapidé, on s’aperçoit que les populations les plus marginalisées souvent sont celles dont le taux d’abstention atteint des records fulgurants. Quand on aborde des régions comme Bézier, on sait qui gère cette ville et on connaît son étiquette politique. Pourtant la population, en majorité, est issue de la diversité. Se pose alors la question, qui vote pour lui ? Il faut croire que l’intégration se fait dans tous les sens. On a aussi des citoyens issus de la diversité qui votent le Front national. Il faut se saisir du vote pour que la démocratie fonctionne. »

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