OMAR MEFTAH « Omar est là pour cracher sur tout le monde »

Paru sur le magazine Le Courrier de l’Atlas (sept 2016)

Un homme, un fauteuil, des états d’âme, nous voici dans l’antichambre d’Omar, personnage tout en contradictions, empêtré dans un amas de poncifs. Dans son one-man-show « Sans rancune », Omar Meftah, le regard ténébreux, les mains remuantes, l’humour incisif, s’amuse de sa double culture franco-algérienne et aborde les sujets crispants de l’éducation, la religion ou le terrorisme… 

Quels messages votre personnage d’Omar veut-il transmettre ?

« C’est un mec qui a tous les travers de la planète, il est raciste alors qu’il combat le racisme, il a des problèmes d’affection et pourtant veut transmettre l’amour, il tape souvent à côté de la plaque volontairement. C’est un clown. Un clown oriental moderne qui se peaufine au fil des représentations. Physiquement, il ne paraît pas sérieux et pourtant il aborde des sujets graves. Cet enfoiré, car c’est un enfoiré, est là pour cracher sur tout le monde à travers l’actualité. Il tente de bouger les lignes à sa manière avec la bêtise de ce qui se dit dans la rue : le terrorisme,  la religion, le patriotisme… Chacun aura l’intelligence de les comprendre. Je n’ai pas choisi les thèmes les plus sympathiques, j’ai même dû changer le nom de ce spectacle, initialement intitulé  » Inch’Allah, même si le chat n’est pas là » à cause  des attentats et des retombées négatives. Tout ça m’échappe tellement, je me suis posé tellement de questions. ».

Vous rejetez le communautarisme qui est selon vous source de clivages…

« Je ne me sens ni français, ni algérien. Je ne comprends pas cette notion d’appartenance. Le spectacle se veut une quête émotionnelle, elle flirte à celle de l’identité parce qu’un moment où un autre les gens te ramènent là-dedans avec son lot de clichés. Loin de moi de prôner l’arabisation. Je ne suis pas le franco algérien qui milite pour une communauté enfermée dans un truc qui n’existe pas. Une partie de ma famille est juive, l’autre musulmane, marocaine et algérienne. Pour beaucoup, nous sommes les enfants d’une main-d’œuvre immigrée, celle-ci a transmis sa religion comme elle a pu, mal. Je ne me sens absolument pas religieux. Imaginer qu’un Être supérieur vienne nous gratifier ou nous punir, c’est là, le reflet de l’être humain qui a besoin de la carotte pour avancer. Dans ce spectacle, il y a d’autres sujets d’interrogations comme celui du fils de paysan qui galère le mercredi après-midi au fond de sa campagne. ».

Comment est née votre vocation d’humoriste ?

« J’ai fait des études littéraires,  je voulais être enseignant, ou financier, un métier très classe… À 19 ans, j’étais complètement inconscient et l’apparition de mon bulletin scolaire a été un élément déclencheur, je faisais rire mes professeurs. La scène, une fois que tu l’as touchée, c’est foutu, tu ne peux plus rien faire d’autre. L’idée serait de créer un genre de Coluche, un personnage susceptible de faire bouger les idées.  Je ne veux pas être pas cet « Arabe » qui  nuance ses propos pour  éviter de traiter  certains thèmes. Fellag est une référence, mais tout le monde ne peut pas comprendre Fellag. Il  a une certaine poésie, une excellente maîtrise de la langue française. On s’est croisé une fois, j’étais si impressionné que je ne lui ai parlé que trois minutes. ».

Omar Meftah088

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