Paru sur le magazine Le courrier de l’Atlas n°119

Tir Niel web

Depuis les attentats de janvier 2015 et ceux du Bataclan, les Français ont peur.  Ce climat anxiogène a pour conséquence une recrudescence des demandes d’acquisitions d’armes,  et une augmentation des adhésions aux clubs de tir. Une association revendique même le rétablissement du port d’arme citoyen.
«Pan !» en quelques secondes,  le geste farceur d’un gamin jetant des pétards s’infiltre dans les esprits, d’abord, comme un attentat terroriste.
« En milieu rural ou à la ville, la psychose est la même !» relève Thierry Coste, secrétaire général du Comité Guillaume Tell, qui défend les deux millions d’utilisateurs légaux d’armes à feu en France.
Dans le climat anxiogène ambiant, la tentation de posséder un fusil de chasse ou une arme à feu de poing pour se protéger  se confronte à une réglementation très stricte : « en France, c’est un parcours du combattant pour obtenir une arme légale même de catégorie B » précise le représentant de la fédération nationale des chasseurs (FNC)
« C’est pourquoi, cette augmentation de demandes ne s’est pas traduite dans les faits ».
Les armes de catégorie B, destinées au tir sportif ou permettant d’assurer sa propre sécurité,  englobent la plupart des armes à feu et leurs munitions. Leur acquisition et leur détention sont soumises à une autorisation préfectorale après une enquête de police et l’obligation de se former aux règles de manipulation.

Le boom des tireurs sportifs

Le club de tir peut se révéler un moyen  de contourner la réglementation, « on constate une augmentation significative du nombre de tireurs sportifs ! » remarque Thierry Coste. « On est passé de 140 000 à 200 000 licenciés entre 2011 et 2016 ! »

Selon certains présidents de clubs de tir, il s’agirait d’un effet pervers de l’ultra sécurité.
Difficile d’évaluer le profil de ces nouveaux licenciés attirés par le monde du tir sportif qui côtoient des tireurs singuliers  : « nous constatons  une recrudescence de policiers et de militaires qui se sont inscrits pour être plus sûrs de maîtriser leur arme et donc de dépasser le quota minimum dans le cadre légal de leur activité qui était souvent maximum.» affirme  le professionnel de la chasse.
Peut-on alors, obtenir plus facilement une arme à feu légale grâce à une affiliation au club de tir ? : « non ! En ce qui concerne les armes de poing, il ne suffit pas d’aller au club de tir et juste après, penser être en mesure d’acheter une arme parce qu’ils sont licenciés !» assure Thierry Coste.

Entre 50 et 200 euros pour une licence de tir

Pourtant, un responsable de salle de tir souhaitant garder l’anonymat confie : « il suffit d’être affilié à une fédération française de club de tir, présenter un carnet de tir bien rempli prouvant son assiduité, et l’absence de casier judiciaire, un certificat d’aptitude médical et un avis favorable du président de club … En soit, l’obtention d’une arme légale ce n’est pas difficile… c’est juste long ». Le prix moyen des licences de tir varie entre 50 et 200 euros. Pas de quoi décourager les plus motivés !
Du côté des armuriers , l’ouverture de la chasse draine ses adeptes habituels, mais aussi des amateurs. Des carabines tous calibres sont accrochées sur les murs des boutiques, des trophées de chasse rappellent les battues glorieuses, et dans les vitrines sécurisées logent des armes de poing « qu’importe la taille de la boutique, nous sommes tenus au même règlement, les armes sont soumises à des catégories et certaines ne sont pas en vente libre » explique un vendeur. Plus loin, celles dites en vente libre sont manipulées par des curieux et des avertis : des pistolets à blanc ou à air comprimé, des couteaux de combat, des poings américain, des dagues de chasse ou encore des stylos tactiques, des bâtons télescopiques… Une sélection d’armes blanches délivrées sur simple présentation d’une pièce d’identité indiquant que la personne est majeure, pas de procédure supplémentaire, pas d’enquête, pas de certificat médical, ou de casier judiciaire vierge… Une alternative pour les plus empressés. Le marché des armes est bien au coeur d’un business nourrit par la peur du terrorisme.
Le secrétaire général du Comité Guillaume Tell est lucide : « la réglementation française décourage l’accès à l’arme. Mais, on sait très bien qu’il y a  des armes détenues par des gens qui ne les  déclarent pas. Et, que la France est un pays où l’on a parachuté des dizaines de millions d’armes pendant la guerre. » Autre réalité, bien loin du marché légal : « celle des délinquants, des criminels qui éventuellement deviennent des terroristes et peuvent acquérir des armes par d’autres moyens !» poursuit Thierry Coste : « ils utilisent le darknet (réseau inaccessible au public, ndlr) et les réseaux de la délinquance… Il est facile à deux heures et demie de voiture des Balkans, de trouver des armes. Ce ne sont pas nécessairement des très gros trafics mais la traçabilité est impossible.» Depuis janvier 2017, la création d’un service central des armes permet de mieux lutter contre les trafics et d’orchestrer des perquisitions sur tous les réseaux.

La confrérie des porteurs de flingues

Dans ce tumulte, une association « pro-guns » a fait la une des médias au lendemain de l’attentat du Bataclan, avec un argument choc : « Malheureusement, c’est le genre d’événement dans lequel une arme aurait sauvé des vies.» Cette phrase relayée sur les réseaux sociaux est attribuée à Guillaume Lorans, co-fondateur de l’Association pour le rétablissement d’un port d’arme citoyen (Arpac).  l’Arpac dénonce l’Hoplophobie (la peur des armes) de la France et défend le droit de porter une arme, comme une mesure efficace dans la lutte contre le terrorisme. Une association forte de 20 000 adhérents. Sur sa page Facebook, on peut lire des propos tels que : « le port d’arme a démontré toute son utilité en Israël dans le cadre de la lutte contre les actes terroristes.»

SAMSUNG CSC

 » Nous ne sommes  pas dans une culture américaine « 

Le secrétaire général du Comité Guillaume Tell s’indigne : « Il s’agit de quelques individus qui rêvent d’un monde où on ne contrôle rien et qui étaient, dans les univers du tir sportif, très critiques sur les organisations, les contrôles… et tout d’un coup disent, il faudrait avoir le droit de port d’armes ! Cela n’existe pas dans notre pays, nous ne sommes pas dans une culture américaine. »

La législation en vigueur est très stricte et les sanctions peuvent être lourdes en cas de non-respect du permis de port d’arme France. « Un citoyen lambda qui aurait été au Bataclan au moment de la tuerie, n’a pas été formé pour gérer cette situation-là ! En conséquence, il risque d’être plus dangereux que sauveur.  Chaque balle peut tuer et blesser plusieurs personnes, surtout dans des situations émotionnellement fortes ! »

Dénicheuse de sujets exceptionnels ! Journaliste et photographe

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